| 1100 km vers Innsbrück |
|
Vol de 1100 kilomètres jusqu'à Innsbrück effectué par Claire Luyat en Mai 1998  ![]() Une ribambelle de très beaux vols a pu être effectuée au cours de la période du 11 au 15 Mai 1998. Elle m'a entre autre permis de balader une "Chantal surexcitée" du côté de Chur avec de beaux alignements de cumulus dans le début de la vallée du Rhin. Malgré toutes ces belles journées, je n'avais pas trouvé moyen de faire ces "fameux" 1000 bornes tant convoités.
Le Dimanche suivant, la météo annonce une nouvelle période de conditions propices aux grands vols du Lundi jusqu'au Mercredi au moins, avec un vent de Nord-Nord Est faiblissant le dernier jour. Lundi, malgré le vent fort et un début de circuit laborieux, Jean Michel Garcin et Patrice Loret peuvent atteindre le Nord du Lac de Côme (Italie) et se laisser pousser par le vent jusqu'au col de Tourniol (Drome) avec une moyenne faramineuse entre Zermatt et Challes! J'arrive au terrain de vol à voile de Challes le Mardi, avec dans l'idée d'effectuer un vol de reconnaissance et de m'économiser pour le lendemain. Cependant je me retrouve successivement dans deux machines bruyantes qui sont le remorqueur et le treuil, non sans avoir eu recours, au préalable, à un odieux chantage avec Christophe qui me promet le LS6 Uniforme Québec pour le lendemain.... ![]() Le soir, Emmanuel Dombre, alléché sans doute par la vue des cumulus du jour, a pu soudoyer une journée de liberté à EDF pour venir voler (bonne boîte....). Ensemble, nous préparons le "terrain" pour le jour fatidique : les planeurs prisés pour le circuit au début du hangar, l'avion remorqueur plein d'essence fait avec câble à l'intérieur ! La nuit est calme et étoilée, tandis que la pilote, elle, ne cesse de faire la crêpe dans son plumard. 07h00 : Debout !  Emmanuel s'affaire autour de l'ASW20, ce brave Sierra Hôtel. Quant à Henry Lamontagne, il tape dans le planeur grande taille avec l'ASH 25, qu'il ballastera.
C'est l'heure ! A 9h30, Noël Genet - qui a eu l'excellente idée d'être matinal - amène l'avion, KZ. Après les quelques clapotis des 80 l d'eau dans les ailes de l'UQ, l'attelage s'ébranle et, seconde après seconde, prend contact avec l'air : le planeur s'éveille. A 1700m, après quelques soubresauts, je libère l'avion, impatiente : "nous y voilà ". Les Aravis sont fumants ! Des signes prometteurs trahissent un bon cheminement jusqu'au Colombier. L'UQ monte comme une bulle de savon: la Galoppe, les sapins de la buffle, le Colombier à 2000 m. Deux , trois tours de spirale et j'abandonne les quelques promeneurs à leur plaisir pédestre. Un coup de radio, m'apprend qu'Emmanuel est déjà passé aux Aravis et malgré la fameuse radio pourrie du Sierra Hôtel, je comprends que c'est fumant :"j'arrive ! ". 3 m/s helvétiques enroulés avec passion... A 2100 m, le Grand Chavalard me donne des pompes irrégulières. Mais comme on s'habitue vite au bonnes choses, je continue d'avancer dans un optimisme démesuré: le Muveran, les Diablerets. Je m'obstine. Pourtant, je suis bien forcé d'admettre que le bilan est négatif et si je continue à persister dans la théorie "la ligne droite , y a qu'çà de vrai", je vais finir par manger du chocolat au bon lait de "vache suisse".  ![]() Je tourniquote deux tours dans une ascendance qui a du vague à l'âme. Excédée par autant de dédain, je me laisse glisser vers Cran Montana avec le doux espoir d'y trouver la bonne vieille pompe de service. Le fournisseur officiel de pompes a dû avoir pitié et m'offre - à 1900 m - le premier 3 m/s helvétiques que j'enroule avec passion. Malgré mes 3100 m, il faut patienter jusqu'au travers de Brig pour libérer la bête qui dort. Des petits lacs d'un bleu lagon se lovent dans les concavités du long glacier courbe de l'Aletsch. A Fiesh, l'UQ se faufile entre les innombrables parapentes qui ressemblent à un amas de moucherons colorés. Tout en avançant vers Münster, je refais 3300 m. Les pistes d'un gris pâle au milieu de l'herbe grasse sont sans âme qui vive. Plein badin vers l'Est ! Bien ensoleillés, je "tartine" sans soucis vers les versants Sud qui se trouvent au Nord de la vallée qui remonte ensuite vers Davos (veuillez suivre, SVP !) me donnant le vario à la hauteur de mes espérances : royal ! Chatouillant les bases grises d'un bel alignement m'apportant sur un plateau la verdoyante vallée de St Moritz, je passe le col de Flüela. Zernez m'accueille avec beaucoup de tact (4 m/s !) tandis qu'un Emmanuel heureux vire à Nauders à 14 h 30. L'UQ, comme gagné par la frénésie générale, s'envole vers la frontière...  Un bout d'aile en Autriche et l'autre en Italie, je remonte sur la pente au Nord du Lago di Résia. Il est tout juste 14h50. Frôlant les bases, je survole un autre lac tout en longueur, dont je ne trouve pas le nom sur la carte. Je "zieute" de temps à autre les kilomètres sur le GPS, histoire de me faire monter l'adrénaline : 400 km de Challes, 420... Je prends un cap un peu plus Est pour suivre quelques alignements. Le plafond est tombé de 3700 m à moins de 3000 m sur la crête qui me cachait encore Innsbrück ; tout est étalé et la vallée est plongée dans l'ombre. Mais la voilà , cette fameuse ville, comme protégée par ses montagnes ! La pompe du jour : 5,7 m/s à l'intégrateur ! Kilomètre 447 - 15h25 - 2700 m. Tout va bien, pas de panique ! Je retrouve l'arête Sud que j'ai quitté 5 mn auparavant et raccroche sans trop de difficulté à 2500 m.  A l'Ouest, le soleil à nouveau. Je peux voler vite et il ne me faut guère plus de 20 mn pour repasser Nauders. A voler trop vite quelquefois, on en oublie de "chiader" le cheminement, je me retrouve punie verticale Ramosch à 2500 m dans l'incertitude la plus totale et pas du tout inspirée par les champs répertoriés en dessous. La pente herbeuse abondamment ensoleillée côté Nord devrait me sortir de là dotant plus qu'en levant la tête pour trouver la pompe, j'aperçois un couple d'aigles tout là haut. Ça repart : 5,7 m/s à l'intégrateur, médaille de la meilleure pompe de la journée ! Je remercie de toute mon âme ces braves bêtes... A 3800 m, le moral est au beau fixe : Davos, Thusis ne sont plus qu'un souvenir. Au Nord de la pointe de Crap Grish, je retrouve un 3 m/s puis à la pointe Médel. Je cherche à rester haut pour le secteur d'Andermatt qui m'a fait souvent le coup des pompes séniles ces derniers temps. Ca repart doucement... L'UQ devient plus expressif Le Sud de la vallée est noir par contre les ascendances repartent au Nord malgré le sol refroidit. Je prends 1,5 m/s sur le mont Gond et j'en profite pour lancer un message optimiste à la radio. Le plafond est à 3000 m, mais ça monte au bord d'attaque et, jouant des ailes avec le flou du nuage, j'avance sur le côté Nord Ouest du grand Muveran qui m'offre un petit cadeau : une ondulette de Nord Ouest ! A 3400 m, au dessus des gros coussins blancs arrondis par le vent, je profite un instant du calme après la tempête avec la sensation d'un home sweet home plus très loin. ![]() Arrivée à 2800 m au mont de l'Arpille, les varios sont évidemment mous. Je gratte jusqu'à 2900 m au sud du col de Balme. Les faces Ouest du Mont Blanc sont avachies et me déçoivent un peu. Quant aux Aiguilles de Bionnassay, elles sont définitivement en grève ! A 2350 m, ça repart doucement sur les pentes du Mont Joly avec un résidu de Nord Ouest. J'ai vidé mon eau en survolant le col de Balme ainsi l'UQ devient plus expressif. A 2600 m, je laisse les chamois à leurs ébats pour des petits cumulus au sud des Saisies qui piquent ma curiosité. Je tombe la bouche en coeur dans un 2,5 m/s qui me soulève jusqu'à 3000 m à 20h00 me permettant d'aller égarer mes plumes du côté des Belledonnes. Les petites collines à l'Ouest restituent et me maintiennent à 2000 m jusque travers Prapoutel. Cependant ne voulant pas compromettre un vol aussi magique, je mets le cap vers Challes avec le soleil rouge qui joue à cache-cache derrière les arêtes du Granier. Je réalise à peine que cette fois ci, c'est réussi ! A 9h00, arrivée rapide, bien trop raisonnable à mon goût, dans l'air calme de la cuvette de Challes. "A donfe..." Emmanuel m'apprend qu'il a viré à Prapoutel après Nauders ne pouvant poursuivre à cause des orages. Il regrette déjà de s'être arrêté trop tôt vers l'Est. Henri a tourné le pont d'Aiguines suivi du col de la Furka et voit son vol s'achever à Chamrousse pour les mêmes raisons. Claire LUYAT ndlr : Claire LUYAT a été sacrée championne d'Europe 1997 à Prievidza (Slovaquie). |





